Ce que vous devriez savoir avant de décider d'adopter un chiot

Pour ce premier article, je voulais apporter une introduction à mon blog. Et quoi de mieux que de commencer aux sources!

 

Beaucoup d'articles tentent de nous faire prendre conscience des responsabilités liées à l'adoption d'un chien. Ces publications soulignent les potentielles contraintes de la cohabitation Homme-chien en nous demandant si nous sommes prêt à les assumer (gestion quotidienne, charge financière...). Ces questions de bon sens sont centrées sur le côté humain de la cohabitation et ne prennent pas en compte le côté canin. Pourtant, comprendre la nature canine est fondamental pour bien vivre avec son chien et partager un quotidien harmonieux.

Choisir de vivre avec un chien implique de lui imposer notre mode de vie. Nous lui demandons de s'adapter à notre environnement urbain, nos rythmes d'activité, nos règles et même nos envies alors que ce n'est pas naturel pour lui. Nous attendons de nos chiens un comportement exemplaire en toute circonstance, d'obéir et, par conséquent, de brimer leurs besoins fondamentaux et de refouler leurs instincts.

Le bien-être du chien est indissociable du respect de ses besoins fondamentaux. A tel point que s'ils ne sont pas satisfaits, le chien compensera (inconsciemment) le manque par des comportements adaptatifs visant à diminuer le stress induit. Ces comportements, gênants personnellement et/ou socialement pour le maître, sont une source de conflit dans la relation Homme/Chien.

Quels besoins fondamentaux?

Si je considère que mon chien n'a d'autre besoin que de manger, boire, éliminer et se reposer, je suis loin du compte!

Je ne dois pas oublier qu'il est un animal sociable. Dès son plus jeune âge, il a besoin d’interagir quotidiennement et de façon positive avec ses congénères.  Je dois donc lui offrir des promenades de qualité: en liberté (ou semi-liberté au début, le temps de faire les apprentissages nécessaires: suivi naturel, rappel…) dans un environnement adapté et relativement sécurisé.

En plus de la dépense physique qui lui est nécessaire chaque jour, je vais lui permettre de se dépenser mentalement! Découvertes, interactions, exploration,  jeu… Il apprendra de ses rencontres (congénères, humains, objets et situations en tous genres) et je serais là pour veiller à ce que ces expériences soient progressives, favorisant ainsi sa socialisation. La promenade en liberté est le moment le plus important dans la vie de mon chien, mais aussi dans la construction de notre relation. C'est un moment privilégié que nous partageons, qui me permet de parfaire notre communication et de renforcer notre lien.

 

Pourtant, il se peut que je n'arrive pas à combler ses besoins.

La grande majorité des races de chiens ont été sélectionnées par l'Homme pour une fonction d'utilité. La sélection pointue sur les aptitudes de travail visait à fixer les qualités exigées dans un domaine particulier et à augmenter leur endurance au travail.  Méfiance, protection, sensibilité aux mouvements, ténacité, chasse… mais aussi besoins de dépenses physique et mentale accrue sont autant d'obstacles à son adaptation au mode de vie que je lui propose.

Ces aptitudes sont, en quelque sorte, devenues des besoins spécifiques aux races concernées. Non pas que je doive emmener mon Beauceron au "troupeau" ou aller à la chasse avec mon Épagneul, mais je dois en tenir compte pour évaluer ma capacité à répondre à ses besoins et freiner ses dispositions naturelles.

Mais mon rôle ne s'arrête pas là…

Éduquer? Quesaco?

Les comportements canins, qu'ils soient naturels ou sélectionnés (modification par l'homme d'un comportement naturel par la sélection), sont donc un frein à l'adaptation du chien au mode de vie que nous lui imposons.  Il n'a aucune notion de la valeur que peut avoir votre canapé et, pour lui, la propreté se résume à ne pas faire là où il dort et où il mange. Ses vocalises lui permettent de communiquer et ne constituent pas une nuisance sonore. Son éducation, c'est sa mère qui l'a faite! Elle lui a appris a s'éloigner du nid pour se soulager, l'a initié aux codes canins (communication par les grognements, inhibition de la morsure, postures d'apaisement...). Mais ces apprentissages ne lui permettront pas de s'intégrer dans notre environnement humain.

Il a donc déjà fait ses premiers apprentissages avec sa mère et il va continuer, même si je ne m'en mêle pas. Mais que va-t-il apprendre? Les chiens n'ont pas la même notion du bien ou du mal que nous, humains, et répèteront le comportement qui leur permet d'obtenir ce qu'ils désirent.

Il est donc de ma responsabilité de l'éduquer si je veux profiter d'une relation harmonieuse avec lui!

Tout comme l'éducation de sa mère le prépare aux règles de société canine, l'éducation du maître vise le développement des facultés du chien dans le but de s'adapter à la société humaine dans laquelle il va évoluer.

La vie en communauté implique toujours des règles à respecter. Et même si le chien ne peut en comprendre le sens, il doit s'y adapter pour bien vivre ces contraintes et ne pas développer de comportements gênants. Chaque propriétaire de chien a des attentes différentes envers son animal. Un comportement gênant pour certains sera tout à fait tolérable pour d'autres.

Je ne dois donc pas attendre qu'il grandisse pour lui inculquer les règles de vie et les interdits. Dès son arrivée à la maison, je dois commencer sa formation. Je dois l'aider à s'intégrer dans ce monde qui n'est pas fait pour lui. Mais l'euphorie de cette première rencontre me gagne et je suis prête à tolérer ses petites bêtises. Là, je me sens partagée entre le désir de tout lui autoriser (parce qu'il est si petit, si mignon!) et la nécessité de favoriser les premiers apprentissages. Les expériences précoces ne sont pas importantes parce que ce sont les premières, mais parce qu'elles affectent le développement du cerveau pendant la période dite critique (jusqu'à 4 mois). De toute sa vie, il n'y aura jamais plus de période si favorable aux apprentissages… bons comme mauvais!

 

Je dois donc me consacrer à son éducation. Et je dois le faire bien! Sinon, je risque de favoriser les "mauvais" comportements, malgré moi.

La socialisation est une priorité! Il est capital de favoriser une bonne socialisation par des expériences positives, riches et nombreuses auprès de congénères, d'humains et d'autres espèces. Je dois aussi habituer le chiot à de nombreuses situations, stimulations et manipulations. C'est la richesse de son vécu qui va favoriser ses compétences. Mais attention! La sur-exposition est aussi dommageable que la sous-exposition. Je dois aller à son rythme et m'assurer que ses premières expériences soient agréables. Progressivement, j'en augmenterai l'intensité et la complexité.

 

Le langage commun est un trésor éducatif. Parce que notre relation est basée sur la communication, je dois me faire comprendre de lui. Je ne dois pas "parler chien", mais créer un langage commun qui lui permette de savoir ce que j'attends de lui. C'est parce que je sais ce qui le motive et que je contrôle ma voix, ma gestuelle et mes postures que je vais réussir à communiquer efficacement avec lui. Je vais alors pouvoir favoriser les bons comportements et défavoriser les mauvais sans entamer notre lien.

 

Chaque comportement inapproprié me donne l'opportunité de lui apprendre, mais aussi de communiquer. Je dois donc être disponible pour le surveiller et ne pas attendre qu'il fasse la bêtise. Je dois le faire douter et il doit renoncer à faire ce qu'il a envie. Je vais devoir l'aider, car il ne sait pas. Le but est que nous réussissions, ensemble. S'il échoue, c'est que j'ai mal joué mon rôle donc je ne me fâche pas. Bientôt, il saura renoncer et je pourrais lui faire confiance.

Toutes ces contrariétés et frustrations vont l'aider à se structurer et à mûrir. En parallèle, je le guide pour qu'il adopte les bons comportements. Je lui donne envie de faire ce que j'attends de lui. Cette motivation passe d'abord par ma voix et ma gestuelle. Je lui montre mon enthousiasme et je favorise la réussite en lui demandant des choses simples au début. Je veux que ce comportement se reproduise alors je le félicite et récompense immédiatement. Je veux qu'il comprenne qu'il a bien fait et qu'il soit enclin à recommencer.

Je peux le récompenser d'une caresse, par le jeu aussi. Mais, au début, la nourriture sera tellement plus efficace. Je ne veux pas non plus avoir à le gaver où à m'astreindre à le nourrir pour obtenir ce que je veux toute sa vie. La récompense alimentaire disparaitra progressivement d'ici quelques temps. Je veux juste qu'il associe ma demande à une bonne nouvelle. Et s'il échoue, je ne me fâche pas. Je me pose la question: qu'ai-je mal fait? Car le lien qui devra nous unir sera la confiance et pas l'intimidation ou la peur.

 

Les premiers apprentissages sont importants car ils sont à la base d'une cohabitation sereine. J'ai le temps pour lui apprendre tout ce qu'il doit savoir, mais certains apprentissages sont une priorité. Les interdits et règles domestiques (propreté, mordillements, sauts…) sont les premières occasions de contrarier le chiot. J'en profite pour lui apprendre à partager la ressource importante à ses yeux (gamelle, jouet, moi…) et à laisser l'objet de sa convoitise (chausson, fil électrique, télécommande…). En attendant, je ne lui laisse pas l'occasion de faire des bêtises si je ne suis pas là pour le contrarier.

 

D'ailleurs, comment vivra-t-il cette absence si je ne l'y prépare pas! Il ne faudrait pas qu'il le vive mal et se mette à compenser cette angoisse par d'autres "bêtises". Très vite, après les premiers moments rassurants où je dois créer un attachement pour atténuer le traumatisme de la séparation qu'il vient de subir, je m'applique à lui apprendre le détachement. Cet apprentissage est nécessaire à son bien-être car je ne serais pas toujours avec lui et qu'il doit bien le vivre.

Parce que je dois le sortir pour lui faire découvrir le monde et le fatiguer (physiquement et mentalement),  je cherche un ou plusieurs lieux de promenade qui me permettront de le lâcher en toute sécurité. Je ne suis pas inconsciente! Je teste son suivi naturel dans un endroit clos (jardin ou parc public clôturés) en me déplaçant sans lui parler, sans l'appeler. Il me suit naturellement. Je vais donc pouvoir sortir de ce cadre clôturé. Pour me rassurer et sécuriser mon chien, je lui accroche une longe fine que je laisse trainer au sol ou que je prends en main selon la situation. Je profite d'un moment de calme pour l'initier au rappel, quand ce n'est pas nécessaire et que c'est facile (pas de conflit de motivation).

Plus tard, je pourrai développer ses compétences avec des apprentissages de plus en plus complexes (marche en laisse, rappel en toute circonstance, règlement de la rue, attendre…).

Tout un programme!

Et pourtant, vous en conviendrez, le premier à devoir être formé, c'est vous…

Célia Gosset

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